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17/03/2016

ARMEN'BOOK du mois de mars 2016

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Onnik JAMGOCYAN, docteur en Histoire - Université Paris I Panthéon-Sorbonne (1988), Diplôme d’Habilitation à Diriger les Recherches de l’E.H.E.S.S. (2011), est un spécialiste de la haute finance juive, grecque, armenienne del’Empire ottomane.

" PASSIONNANT " - ArmenBlog.

Commentaires

La trilogie d'Onnik Jamgocyan dont deux volumes sont déjà publiés est pour moi une révélation de ce que furent les arméniens dans l'empire ottoman. On est loin de l'image misérable des rescapés et de celle des réfugiés économiques venus d'Arménie. L'historien, dont le savoir est immense autant que rare, nous raconte ce que furent les dirigeants de l'Arménie Ottomane comparé à ceux des autres minorités. On comprend alors pourquoi la nation fidèle au Sultan est devenue indésirable pour les tenants du pan-turquisme. Curieusement, l'actualité tragique des chrétiens d'Orient et les ambitions de l’Azerbaïdjan s'inscrivent dans un mème plan.
Des ouvrages à lire absolument!

Écrit par : siranossian | 09/05/2016

« Le Temps des Réformes », deuxième volume de la trilogie d’Onnik Jamgocyan, est un livre d’une grande érudition rapportant l’histoire d’une amitié improbable, celle du Sultan Mahmoud II (1785-1839) et de son banquier arménien, Kazaz Amira Artine (1771-1834), que Jamgocyan appelle le « dernier Prince » de l’Arménie Ottomane. En témoin de cette amitié, le chercheur cite une lettre datant de 1834 du Baron de Testa, ambassadeur de Suède, qu’il a retrouvée aux Riks Ärkivet de Stockholm. Le Baron écrit : « Ces jours derniers est mort Kazaz Artine, l'Arménien, inspecteur de l'Hôtel des Monnaies de Constantinople. Ce qui rend un fait mémorable dans les annales ottomanes la mort de cet homme qui dans tout autre cas eut été fort indifférente, c'est que c'est la première fois qu'un sujet chrétien de l'Empire a joui jusqu'au dernier moment de sa vie de la plus intime faveur du Sultan, que c'est le seul qui ait reçu le portrait de Sa Hautesse entouré de brillants avec le droit de le porter au cou, et que c'est enfin le premier Chrétien qui, depuis la prise de Constantinople par les Turcs, ait été enterré dans l'enceinte des murs de la ville, ayant désigné pour endroit de sa sépulture l'Eglise Patriarcale. » Le Sultan demande même que le corps de Kazaz Artine soit déposé dans un cercueil ouvert et passe devant le Palais. Il sort au balcon pour jeter un dernier coup d’œil sur la dépouille de son ami.

Parmi les services notables que Kazaz Artine aura rendus à l’Empire est son rôle dans le paiement des indemnités de guerre aux Russes suite à la signature du traité d’Andrinople en 1829 entre la Russie et la Turquie. « Une première dans l'histoire, » écrit Jamgocyan « le symbole du pouvoir impérial est donné à un sujet pour sauver l'Empire et trouver de quoi payer les indemnités de guerre. C'est avec le Tasvir-i Humayun que Kazaz Artine, un non musulman, réunit cet or en s’adressant aux sarafs, aux négociants et autres “Infidèles” du bazar. Ceci contre la promesse de les rembourser sur les fonds de la Monnaie, avec sa parole pour seule garantie. Le plan a réussi. Menchikov a eu son or et les sarafs seront remboursés avec des Bechliq, les billons frappés pour l’occasion. Venu en informer les ministres, l’Arménien se voit refoulé du Divan. Cette attitude est conforme à l’étiquette, car de mémoire d’homme aucun infidèle n’est entré jusque-là dans ces lieux. Franchissant les barrages, le voici pourtant là, debout devant des Vizirs ébahis, le Tasvir-i Humayun sur sa poitrine, venu montrer à tous la quittance des Russes. Kazaz Artine a sauvé l'Empire. Aussi le Sultan lui permet de siéger au Divan, de circuler à cheval, de disposer d’une barque à cinq rameurs, les honneurs dus aux ministres. »

A propos du traité d’Andrinople, Jamgocyan effectue une comparaison qui donne à réfléchir. En rétrocédant les villes orientales d’Ardahan, Kars, Bayazit, et Erzerum, la Russie avait souhaité l’installation de dix mille familles arméniennes en Géorgie et en Arménie, craignant pour les paysans arméniens de ces régions qui avaient pris les armes avec les Russes. « Mahmoud II ne réagit pas à ces faits. L'influence de Kazaz Artine, qui sait? Mieux, le 3 septembre 1829, ce Sultan autorise les Arméniens à célébrer la messe au Saint Sépulcre, comme de par le passé. Une façon d'agir en homme d'Etat et gagner l'estime de la postérité. Sa noblesse d'âme est restée inconnue des dirigeants Jeunes Turcs de 1915. »

L’amitié du Sultan et de son banquier dut pourtant passer par un examen. Grand mécène, Kazaz Artine menait une vie austère, mais ses détracteurs l’accusaient de luxe et de débauche auprès du Sultan. « Contrarié, ce dernier veut s'en assurer de visu. C’est l’épisode de sa visite nocturne chez Kazaz Artine avec des gardes prêts à le tuer. Et l’histoire d’un étonnement et d’une grande joie en ne voyant aucun luxe dans la maison. Sur la table, du pain, une assiette d'olives et une soupière d’une espèce courante. A côté, un meuble en bois, des bibles et une grande croix au mur. Posant un morceau de pain sur sa tête, le saraf s'est levé et se précipite pour se prosterner devant son Maître. Le geste est oriental, tant en Orient le pain est sacré. Le plan de Guilleminot avorté, Kazaz Artine vient de gagner en influence. »

Mais par-delà le thème de cette amitié, sur laquelle assez aura été dit ici, le lecteur retrouvera dans « Le Temps des Réformes » une multitude de chapitres abordant une panoplie de sujets variés touchant aux affaires de la Turquie et surtout des Arméniens de Constantinople durant la période 1780-1860. Les chapitres sont en général assez brefs (quelque 50 chapitres en 300 pages, à titre d’exemple : Constantinople, centre de l’Arménie ; La monnaie et les Duz, La disgrâce des Duzian ; Bérats et Barataires ; Les Janissaires ; La catholicité arménienne ; Les Arméniens Protestants ; etc) mais font la démonstration une connaissance inégalée par l’auteur des affaires de l’époque. On se demande de quels livres oubliés ou archives inédites Onnik Jamgocyan sort et regroupe toutes ses informations. Parmi les curiosités, on peut signaler une photo d’une lettre d’un marchand arménien de 1789 contresignée par Silvestro de Serpos et Abraham de Sophiali, une liste des négociants arméniens de Trieste en 1776 (sortie des archives de Trieste), ou encore le menu du dîner donné au Palais en l’honneur de l’impératrice Eugénie en 1869.

Le premier volume d’Onnik Jamgocyan « Les Banquiers des Sultans, » se lit comme une thèse captivante qui établit le rôle des amiras arméniens (sans oublier les financiers des autres communautés) dans le financement de l’Empire entre 1650 et 1850. Il est indispensable pour le lecteur qui apprécie l'oeuvre écrite pour démonter un fait historique. Le deuxième volume, plus axé sur l’histoire pure, continue le thème du premier volume plutôt que de développer un nouveau thème, et devrait être lu à la suite. Les différents chapitres sont comparables à de brefs et vifs coups de pinceau. Dans sa conclusion, Onnik Jamgocyan promet de développer deux nouveaux thèmes dans son troisième volume « Les Illusions Perdues », décrivant les conditions qui conduisirent au désastre de 1915 ; suite que l'on attend avec un intérêt certain.

Écrit par : Suryan Amirchah | 20/05/2016

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